La montagne aurait-elle accouché d’une souris ?

Edito de Juillet 2008

Par Monsieur Lilian MALLET, Délégué Général de l’ACCD’OM (Association des Communes et des Collectivités d’Outre-mer

Au-delà des satisfécits légitimes auto accordés par les organisateurs lors de la clôture de cette première conférence sur la biodiversité (Île de la Réunion du 7 au 13 juillet 2008), la presse locale ne s’est pas trompée en relevant d’une part le peu d’audience accordé par les médias nationaux voire internationaux à la manifestation, le Quotidien du 12 juillet, et d’autre part la déception perceptible à travers des titres explicites “un petit pas bien maigre…”, “Tout ça pour ça” qu’on a pu relever dans le JIR du même jour.

Pour avoir participé de bout en bout à cette grande réunion de l’outre-mer européen, invitée in extrémis mais exclue de l’organisation et des interventions, l’ACCD’OM ne peut que confirmer le constat dressé par beaucoup. Au-delà du mérite inestimable de cette première conférence, un sentiment d’insatisfaction demeure. Si toutes les interventions ont été d’un excellent niveau, certaines ont apporté des informations mais beaucoup, répétitives ne pouvaient servir qu’à convaincre des convaincus. Plusieurs organisations qui auraient pu présenter leurs actions et faire des propositions concrètes n’ont pas eu droit au chapitre. Des propositions concrètes, exprimées en atelier, n’ont pas été reprises.
Est-ce à dire que tout était bouclé d’avance et les organisateurs gênés de trop solliciter leurs financeurs?
Certaines interrogations sont légitimes :
En effet, il faut savoir que depuis 2003, notre association et l’UICN ont été partenaires. Chaque année, un représentant a participé, à nos frais, à chacun de nos congrès et les pages de notre magazine Outremag ouvertes aux arguments de la délégation outre-mer de l’UICN. Les travaux du congrès 2003, qui réunissait pour la première fois toutes les RUP et tous les PTOM français, auxquels ont participé deux députés européens, Margie SUDRE et Jean Claude FRUTEAU, ainsi qu’un représentant de la Commission européenne, ont permis une première prise de conscience de cette richesse ultramarine. C’est de là, sans doute, qu’ont été jetées les bases d’une part de la mise en place d’un chargé de mission à cet effet au niveau européen, dont a bénéficié l’UICN et, d’autre part et probablement, de cette manifestation sur la biodiversité. Le communiqué faisant suite à ce congrès, diffusé le 17 novembre 2003, disait en substance ” Malgré qu’elle représente quelques poussières d’îles disséminées dans les trois océans, la communauté d’outre-mer a pleinement pris conscience de la richesse naturelle de sa faune, de sa flore et de ses paysages à l’échelle européenne et mondiale, et souhaite s’engager sur la voie d’une protection et d’une mise en valeur de cette richesse inestimable avec l’aide de tous les partenaires que sont les collectivités locales, l’Etat et l’Europe.”
Revenant sur le sujet en 2005 lors du congrès de Guadeloupe comme nous le rappelions récemment, posé en en-tête de toutes nos motions et résolutions ainsi qu’en première de couverture d’Outremag ce slogan “Notre positionnement géographique dans les trois océans et notre place importante dans la biodiversité planétaire justifient et nécessitent que l’outre-mer français bénéficie d’un traitement particulier de l’Etat et de l’Europe.”
Notre action en direction des élus pour la promotion de ces principes sont constants et modifient au fil des années le regard que chacun d’eux porte sur son environnement. Les actions de formation que nous mettons en place avec comme axe prioritaire le Développement durable et les démarches d’agenda 21 sont la suite logique de cet engagement tout comme les résolutions pour développer un tourisme durable. Très prochainement nous mettrons en place une chargée de mission Tourisme durable pour compléter nos engagements dans ce sens. A l’occasion de cette conférence, nous avons exprimé la nécessité de mettre en place un outil de communication en direction des décideurs, du public et plus particulièrement des touristes afin que chaque citoyen s’empare des objectifs poursuivis. De même, et avec d’autres, avons-nous parlé des financements européens en direction des ONG pour demander un soutien plus direct au fonctionnement, une meilleure information et une simplification des procédures. Notre réseau existe, notre structure existe et nous nous sommes proposé pour servir de relais pour organiser et animer un réseau plus vaste à l’échelle des enjeux… Rien ne transparait de tous ces débats et propositions, à croire qu’effectivement tout était bouclé d’avance, que les textes étaient déjà écrits et que la messe était déjà dite avec pour objectif le financement d’une structure.
L’impression générale est que la perte de la biodiversité est une affaire de spécialistes, scientifiques et chercheurs, et que c’est avant tout le climat qui en est le premier responsable. L’homme pour sa part n’étant que responsable de la production des gaz à effets de serre. On semble avoir oublié, mais quelqu’un l’a dit, que la première espèce invasive et sans doute la plus active, reste tout de même l’Homme. C’est bien à ce niveau qu’un travail important est à faire afin de mobiliser les énergies et ce dans toutes les couches de la société. A ce titre les élus locaux, responsables en premier chef à travers notamment les décisions d’aménagement de leurs territoires respectifs, doivent être sensibilisés et avoir une approche différente. C’est à notre sens la pierre angulaire à travailler pour atteindre plus rapidement les objectifs fixés.
Habitué à organiser pratiquement seul depuis des années le même type de manifestation, les chiffres annoncés pour l’organisation de la manifestation laissent rêveur… 300 personnes mobilisées pour 350 participants extérieurs ! Tout comme celui du coût de la manifestation elle-même avec une société belge !
La tâche est immense et toutes les bonnes volontés doivent être acceptées, si petites soient-elles… Le travail est devant nous et l’ACCD’OM compte bien accomplir sa part.

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